9 mars 2011

9 Mars 2011 : Roman du  Dr Richard: ABCD… Z

Nous vous offrons l’ incipit du premier roman du Dr Richard:

 » ABCD… Z », Editions Elzévir… pour vous mettre en appétit…

Thierry RICHARD

A B C D… Z

ROMAN

Aux « normaux »

Le Doc.

. PREMIERE PARTIE : p. 1

. SECONDE PARTIE : p. 80

. TROISIEME PARTIE : p. 108

. QUATRIEME PARTIE : p.197

. CINQUIEME PARTIE: p. 219

Généralisation

« La généralisation est le début du fascisme »

Albert Camus

Que rajouter à cette phrase si lumineuse?

« Les Corses sont… »

« Les manouches sont… »

« Les arabes sont… »

Comment ne pas être certain que l’exception et l’unicité de l’être humain contredisent ces maximes?

C’est cela qui fait le sel de l’existence.

A chaque rencontre, quelle qu’elle soit, l’individu rencontré est unique et ne peut être réduit à un représentant d’une catégorie.

Vivons donc le plus positivement ce moment de magie qu’est la découverte d’un autre être humain, sans s’encombrer d’ aprioris négatifs.

Donnons, donnons, donnons notre confiance, et tant pis si parfois nous nous trompons.

Que ces erreurs, qui parfois surviennent, ne nous sclérosent pas, ne nous fassent pas renoncer à recommencer encore et encore, ne nous fassent pas oublier les merveilles que cette attitude permet. Il n’y a pas de continent à découvrir, par contre quel enrichissement que la découverte de l’autre.

1 – Respect

Ce mot, si souvent entendu, prononcé…

C’est effectivement un mot fondamental. Tant de définitions lui sont accolées. Une seule résume tout, en peu de mots, compréhensible par tous et date de bien longtemps ( Jésus Christ ).

RESPECT : Ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse.

Simple, clair et précis…

2 – Juger ( Ne pas… )

La première chanson enregistrée par Bob Marley avait ce titre:

« Judge not »

De quel droit, en effet, juger son voisin, quels que soient ses actes, ses pensées ?

Bien entendu, il est possible et même souhaitable d’être parfois en désaccord avec certains agissements non respectueux.

Le respect est la limite qui permet de distinguer les personnes fréquentables des autres.

Cependant, cela n’implique pas nécessairement le jugement.

La solution est de ne rien partager avec les personnes « ne respectant pas le respect », ne pas leur donner la moindre parcelle d’énergie, de vie, de les ignorer comme si la transparence était leur sort.

Naturellement, cette absence de jugement sur autrui n’est ni innée ni évidente. Cependant, cela contribue à une vie sereine, exempte de pensées négatives, sources de mal vivre.

3 – Attahualpa en était là.

Son objectif, la cinquantaine entamée, était d’écrire. Ecrire pour transmettre ce que son existence bien remplie pouvait lui permettre

de donner aux générations futures et principalement à ses deux enfants

que les aléas de la vie ne lui avaient fait qu’entrevoir grandir.

La formule du dictionnaire et son classement par ordre alphabétique, lui était parue la plus simple car il ne se sentait pas un talent de romancier à la Irving ou à la Auster.

Mais, après trois items, la veine de son imagination se tarissait déjà et il se voyait mal continuer sur cette voie.

Attahualpa avait déjà mené à terme une entreprise similaire, un ouvrage de vulgarisation médicale qui avait connu un succès d’estime ( 5000 exemplaires vendus ).

La profession d’Attahualpa est obstétricien, gynécologue obstétricien, pour être complet.

Cependant cet ouvrage était technique et réalisé avec la collaboration de sept éminents confrères, selon la formule consacrée.

Attahualpa ( C’était son nom en raison de l’admiration que ses parents portaient à Atahualpa Yupanqui, grand poète et compositeur Argentin , et cela sans que ni l’un ni l ‘autre ne soient hispanisants… ) en était là donc :

continuer ainsi en mettant ses doutes sur le compte du début d’une oeuvre considérable…ou trouver une autre formule.

4 – Le moment était propice. Habitué à être ballotté tous les mois d’un lieu de remplacement à un autre, ( pigiste de la naissance en somme … ) Attahualpa avait, pour une fois, un contrat de longue durée pour lui: une année complète… à St Pierre et Miquelon, près de Terre Neuve, comme chacun sait.

Cet archipel Français de 6500 âmes, isolé, lui laissait le temps de son projet littéraire.

C’était une des raisons de son acceptation du contrat dans cet endroit loin de tout, où il ne connaissait personne.

Le moment de faire le point sur son existence mouvementée, l’équivalent déjà d’au moins 10 vies « normales », de se poser.

Il décida donc de ne pas trop gamberger et de laisser aller sa plume, à la manière de ces romanciers qui ne connaissaient pas la trame de leur oeuvre en la débutant.

« Ne t’inquiète pas de la hauteur de la montagne, commence à grimper »

Cette phrase, ou à peu près, de Lao Tseu , lui revint en mémoire et réconforta Attahualpa.

D’ailleurs, Attahualpa avait parlé de son projet de livre à quelques amis et ceux ci lui demandaient déjà où il en était, conscients de l’intérêt potentiel de sa prose, se dit , modeste, Attahualpa en souriant. Il avait dû leur avouer que, pour le moment, il était « sec », ne trouvant pas la bonne formule pour démarrer.

Attahualpa se dit à ce moment qu’il avait rédigé une page de plus, un pas vers le sommet, et cela le remplit d’aise.

5 – C’était principalement à l’adresse de ses enfants, déjà âgés de 19 ans pour Nicolas et 16 ans pour Albane, qu’Attahualpa voulait ce livre.

Il savait que la vie pouvait s’interrompre à tout moment, sans prévenir.

Attahualpa avait eu une leucémie aigue, incurable à l’époque, à l’âge de 15 ans. 36 années de sursis avec cette certitude, chère payée, du côté éphémère de l’existence.

36 années dont il avait profité comme un affamé, ne supportant pas une seule journée vide, sauf extrême fatigue. C’est justement cette vie gourmande qui lui avait permis toutes ces rencontres magiques, en véritable explorateur de l’âme humaine.

Il tenait absolument à offrir à ses enfants la « substantifique moêlle », l’ambroisie afin qu’ils aient rapidement, sans attendre un demi siècle d’ existence, les clés leurs permettant de comprendre, d’abréger leur temps d’apprentissage pour avancer plus vite, plus loin que lui, pour leur bonheur.

Le temps était compté et cette opportunité professionnelle lui était propice. « It’s now or never ».

ALORS ? « C’est quoi ? Qu’est ce qui importe VRAIMENT ? ».

Etre heureux, le plus heureux dans ce monde de brutes…

Oui, mais par quels moyens, concrètement ?

Une infime minorité d’êtres humains, parmi la foultitude qu’ Attahualpa avait rencontrée, valait réellement la « chandelle » de la vie.

De belles personnes, qui distribuent de l’énergie pour continuer le chemin grâce à ces oasis.

Attahualpa en avait rencontré beaucoup. C’était logique, statistique. Plus on rencontrait de personnes, plus on en rencontrait de ces extra terrestres, féminines ou masculins.

Qu’est ce qui faisait la différence entre ces gens et les autres, tous les autres ?

Comment le saisir, le résumer, le transmettre ?

« That’s the deal, Attahualpa, your turn to play ».

6 – VERITE

Depuis longtemps, cette qualité était une vertu siné qua non pour Attahualpa.

Sa pratique permanente peut paraître chère payée parfois, mais avec le temps, il devient évident que c’est la seule solution qui apporte paix et sérénité intérieures.

De cela Attahualpa était persuadé: on pouvait lui faire confiance.

Naturellement, Attahualpa avait menti à une certaine époque de sa vie, (avant de comprendre…), comme tout le monde, pour se protéger, protéger ceux ( celles…) qu’on aime, par omission, etc…

Mais depuis de nombreuses années, Attahualpa avait choisi le camp de la vérité. Et cela avait été une étape considérable, fondamentale dans la construction de sa personnalité, de sa philosophie.

Le mensonge lui était devenu exécrable, insupportable et la vérité une vertu cardinale.

CA, Attahualpa voulait vraiment que ses enfants en soient persuadés, qu’ils soient des adeptes fervents de la vérité, en toutes circonstances ..

7 – Le temps, à St Pierre et Miquelon passait lentement ( trop ? ).

Des périodes de 2 mois ininterrompues, 24 Heures sur 24, de travail, d’ astreinte étaient inhabituelles pour Attahualpa.

Lui qui aimait vivre à 100 à l’heure avait parfois une impression de survie , d’attente de la prochaine escapade.

Attahualpa était bien conscient que c’était là une étape importante de sa vie trépidante, sans trop savoir pourquoi…L’occasion rêvée de se poser pour faire le point, tranquillement.

Car, à part la recherche effrénée de plaisirs, de rencontres, de fêtes, de musique : quid de son existence jusqu’à présent ?

Attahualpa avait toujours cherché une dimension « spirituelle » à son existence, à faire avancer le « schmilblick ».

Toute sa vie, il avait été un précurseur dans son domaine professionnel et dans la société.

Mais dans ce pays de France, dirigé par des administratifs encravatés, obtus, rien de réellement important n’arrivait à la surface, se disait-il.

Au contraire, toutes ses initiatives s’étaient soldées par des sanctions, des mises à l’écart, des incompréhensions.

Attahualpa avait donné, avec plaisir, beaucoup d’énergie, beaucoup de temps et beaucoup d’argent pour faire évoluer la société, rendre les choses plus éclairées. Mais, parfois, il se disait que cela suffisait, qu’il allait vivre pour lui et ceux qu’il aimait.

A cette pensée, Attahualpa se souvint d’un de ses frères Francs maçons, plus âgé, désabusé, qui lui avait prédit un tel itinéraire déclinant dans les ambitions. Cela le révoltait, il ne l’acceptait pas.

Il voulait insister encore et encore, être sur la brèche. Sinon, sa vie lui semblerait vide de sens.

Attahualpa allait donc profiter de ce répit pour définir un ou plusieurs caps solides, des directions pour agir efficacement : il avait enfin le temps…

Pour une fois, il était débarrassé de la précarité financière et cela libérait, naturellement, son esprit, lui permettant d’échafauder de nouvelles stratégies.

8 – Le soleil brillait sur la neige et l’océan en ce mois de février. Le petit studio où résidait Attahualpa lui suffisait amplement. De quoi être bien au chaud, dormir, se laver, se faire la cuisine ( bien …) : quoi d’autre ?

Sentimentalement, Attahualpa était entre deux, sortant d’une relation forte qu’il avait cru pouvoir durer. Mais le rythme de la vie qu’Attahualpa maintenait, pour lui et sa compagne, avait effrayé son entourage et ses enfants. Des barrières psychologiques s’étaient dressées, rendues plus efficaces par l ‘éloignement géographique.

Attahualpa ne voyait pas de solution et, c’est la mort dans l’âme, qu’il commençait à réaliser que la fin de leur relation était inéluctable, tout au moins de cette façon.

Bien sûr, il restait l’amitié mais une de plus, qui s’étiolerait avec le temps faute de carburant, de rencontres régulières.

9 – NON VIOLENCE

Prônée par de grands anciens, pour ne citer qu’eux: Jésus Christ, le mahatma Gandhi, le pasteur Martin Luther King paradoxalement ( peut être pas ) assassinés …la non violence.

Même si les résultats à court terme, comme c’est souvent le cas pour les phénomènes de société réellement importants, ne sont pas toujours évidents. C’était pour Attahualpa un grand enseignement de son existence, dans le pire des cas, un moindre mal.

Les exemples foisonnaient, dans de multiples conflits ( tous ? ), où la violence, en réaction, générait la haine et une violence accrue en un crescendo destructeur.

Attahualpa avait pratiqué les arts martiaux ( le judo ) pendant plus de dix années, et si, philosophiquement, c’était une étape importante de son éducation, physiquement, cela ne lui était d’aucune utilité pratique , sauf sûrement, pour le fait de savoir tomber et se protéger en cas d’ agression.

Par son attitude différente, sa franchise, et les lieux parfois glauques qu’il fréquentait en raison de son goût pour les frontières, les border lines, Attahualpa avait souvent était confronté à la violence des imbéciles

( cela lui rappelait un roman qui lui avait plu : « La conspiration des imbéciles » de O’ Toole ).

Il devait reconnaître que cette attitude de non violence lui avait bien réussi : pas de visage déformé par les coups de poing, pas de lésion grave provoquée par les agressions ( A part une cicatrice à peine visible provoquée par un cutter Berrichon ) devenues nombreuses, les années passant et Attahualpa restant égal à lui même …

10 – Attahualpa n’avait aucune honte à se faire parfois agresser par des « nains », beaucoup moins forts que lui, sans répliquer. Au contraire, une fierté intérieure d’avoir réussi à ne pas répondre le remplissait …rétrospectivement.

Naturellement, cela n’était pas teinté de masochisme: Attahualpa n’aimait pas ces moments et ne les recherchait pas, évitant constamment les provocations. Mais son éloquence, son humour et son rire généraient parfois des comportements de ce genre: c’était la règle du jeu.

En aimant et en allant à la découverte de l’autre, il était obligatoire de faire des rencontres magiques mais aussi de croiser des ânes ( pardon, les « petits porteurs » des cruciverbistes).

Pour Attahualpa, la non violence est vraiment une notion qu’il souhaite être reconnue comme essentielle par ses enfants. Même si ce chemin paraît escarpé: c’est le bon, le seul.

En attendant un monde débarrassé des instincts humains grégaires…

11 – Samedi midi à Saint Pierre, tempête de neige annoncée. Attahualpa buvait son verre de « Côtes ». Pas de fiesta pendant deux mois, mais petit verre de rouge le soir, et midi et soir le week-end: non mais alors …

Trois semaines depuis les dernières vacances à Amsterdam. Encore sept semaines avant de retourner en Europe pour deux mois.

Attahualpa avait l’impression, toutes proportions gardées, le confort en plus, d’être comme ces terre neuvas, pêcheurs de morues qui partaient plusieurs mois sur les bancs de Terre Neuve, loin de leurs familles, de leurs amis au risque de leurs vies pour les gagner.

Ce sont les descendants de ces rudes marins Basques, Bretons et Normands qui peuplent aujourd’hui l’archipel de Saint Pierre et

Miquelon.

Attahualpa réalisait l’âpreté de leur existence, le courage dont faisaient preuve ces gens. Un immense respect l’emplissait qui lui faisait aimer , par voie de conséquence, les habitants actuels, également rudes au climat.

Attahualpa avait déjà connu des éloignements semblables de sa Bretagne natale mais pour des périodes plus courtes et sous des climats tropicaux, avec des échappements charnels sur place.

Ici, tout le monde connaissait tout le monde ( 6500 habitants…) dans ce microcosme à trois heures d’avion de Montréal sur le vaillant ATR d’ Air Saint Pierre. Les habitants étaient souvent mariés entre natifs, fondaient leurs familles et c’était bien normal car une vie solitaire dans ces lieux, même avec les moyens modernes de communication, était peu concevable de façon permanente.

Donc pas de tendresse: cela était nouveau pour Attahualpa qui faisait de cette sensation une condition cardinale de son existence.

Naturellement, ses congés étaient très occupés par le rattrapage physiologique de cette absence. Amsterdam était le lieu idéal pour cette course au plaisir, un Disneyland pour adultes, pour peu d’avoir du « cash ».

Attahualpa aimait profondément la société Hollandaise de respect et de tolérance qu’il avait découvert voici près de vingt années (déjà… ).

12 – Bien sûr, comme la majorité des touristes, il y était venu pour fumer et voir les filles dans les vitrines, parmi les plus belles de la planète.

Puis, au fil de ses séjours, Attahualpa avait découvert bien d’autres facettes, d’autres centres d’intérêt au point qu’il n’utilisait qu’ occasionnellement les vitrines et majoritairement quand c’était une copine qui l’ occupait.

Plusieurs fois, Attahualpa avait envisagé de travailler à Amsterdam, d’y pratiquer les naissances aquatiques et puis les circonstances…Peut être n’était ce que partie remise, Inch’Allah.

La perspective d’y retourner bientôt était un soutien essentiel pour tenir ces deux mois consécutifs d’abstinence sensorielle.

Attahualpa séjournait entre deux et trois mois par an, par périodes variables, à Amsterdam et y dépensait, avec plaisir, l’essentiel de ses revenus ( hors impôts…), n’ayant pas une mentalité d’écureuil. L’hôtel où il résidait lors de ses nombreux séjours était le même depuis plus de quinze ans. C’était devenu une sorte de famille, même si une partie du personnel était changeante, pour Attahualpa qui n’avait pas de contact avec la sienne, à l’exception de sa maman.

Elle était âgée de 74 ans et Attahualpa ne l’avait pas vue depuis plusieurs années, suite à une brouille passagère puis à ses nombreux déplacements.

Il lui disait cependant qu’il l’aimait à chaque, rare, coup de téléphone.

Attahualpa se promettait de la revoir au moins une fois avant qu’elle ne disparaisse. En aurait il le temps? Pourquoi pas lors du prochain voyage?

13 – TANTRA

Autre bouleversement initiatique dans la vie d’ Attahualpa.

Cette théorie sexuelle, issue du Tao, lui avait été offerte sur un plateau et sous forme d’un livre d’un dénommé Van Lisbeth, Belge de son état, par une amie de la mère des enfants d’Attahualpa.

Cette personne, âgée de 78 ans à l’époque des faits, avait dispensé quelque temps son enseignement yogique à Attahualpa.

C ‘était ( hasard ??? ) à un moment où le couple d’Attahualpa rentrait dans cette phase connue de beaucoup ( tous ? ) où, après quelques années de vie commune, l’arrivée d’un enfant , le désir physique s’émousse.

Cette lecture avait passionné Attahualpa qui l’avait tout de suite mise en pratique et était un adepte depuis maintenant plus de 15 années. Cela avait réellement transformé son existence sensuelle.

Cette théorie, Attahualpa avait décidé tout de suite de l’essayer car elle regroupait à elle seule beaucoup d’observations médicales et physiologiques qu’Attahualpa trouvaient intéressantes. Pour son plus grand bonheur et, sans flagornerie, pour celui de ses partenaires …

Le Tantra est basé sur le fait, confirmé par des travaux plus récents ( en effet, cette théorie a plusieurs siècles d’existence ), que l’orgasme masculin n’est pas lié à l’éjaculation mais le précède. L’éjaculation n’ayant qu’une fonction procréatrice et est assimilée à une perte d’énergie vitale, c’est à dire non renouvelable à l’inverse par exemple de l’énergie dépensée pour courir un cent mètres qui, elle, se renouvelle.

L’énergie vitale est, dans le Tao, une énergie qui ne se renouvelle pas, dont nous disposons d’une quantité considérable mais non infinie. Sa diminution contribuant au vieillissement.

14 – La sexualité masculine est limitée par les éjaculations qui mettent fin, provisoirement, au désir de l’autre, avec le sentiment de vide psychologique qui l’accompagne inexorablement (« post coîtum animale triste »).

Bien sûr, l’homme peut avoir plusieurs éjaculations au cours d’un même rapport mais, avec le temps et la même partenaire, cette faculté s’érode.

La plupart des couples, Attahuapa en était le témoin professionnellement parlant, n’a des rapports qu’avec une éjaculation qui met un terme à la relation sexuelle.

Par contre, la femme a une sexualité multi orgasmique, non limitée par l’équivalent de l’éjaculation masculine.

D’où un décalage évident et croissant entre les deux partenaires qui est source de tension et de frustration au sein du couple: insatisfaction masculine liée à l’éjaculation, à la peur de ne pas satisfaire sa partenaire et féminine, liée à un épanouissement sexuel insuffisant.

Avec le temps, ce malaise s’entretient de lui même et va crescendo, source de tensions sévères et souvent de rupture.

Toute la finalité du Tantra est de mettre en adéquation les physiologies féminine et masculine, les rendre « synchro ».

Le conditionnement sociétal et l’absence de réelle information sexuelle éclairée font que, pour la majorité des hommes, l’orgasme est déclenché par l’éjaculation.

Il s’agit donc de réussir, par la pratique ( pas désagréable…), à maitriser ses sensations, à contrôler son éjaculation: c’est à dire arriver le plus près possible de l’éjaculation pour toucher l’orgasme tout en bloquant celle ci.

Cela avait demandé de nombreuses années à Attahualpa pour avoir cette maitrise. Et rien ne fut semblable ensuite…

Cela permettait d’avoir des rapports de durée indéterminée, truffés d’orgasmes, car le désir, sans éjaculation, reste présent au plus grand plaisir des deux protagonistes. Le rapport pouvant ne s’interrompre que par épuisement.

15 – Naturellement, la nature de la relation au sein du couple en était sublimée, transfigurée car l’entente, la satisfaction sexuelles sont princeps pour la durée et la qualité de la relation de couple.

C’était vraiment un enseignement à diffuser pour le bien de l’humanité.

Attahualpa était persuadé, car son métier le lui confirmait tous les jours, que l’insatisfaction sexuelle généralisée était une des causes principales des maux de l’humanité, générant violence et guerres.

« Si les gens étaient bien dans leur cul, il n’y aurait plus de guerre » se disait Attahualpa, souvent, peut être un peu naivement. Il était, pour le moins, convaincu que cette clé était très importante pour le bien être de la planète.

Le Tantra avait d’autres vertus « annexes », entre autres procurer une virilité hors de tout soupçon, de toute défaillance et être une contraception naturelle, masculine pour une fois.

Bref, Attahualpa espérait au moins donner envie d’essayer et de s’informer au plus grand nombre de ses concitoyens.

Indépendamment de l’aspect roman de ses écrits, il voulait absolument conserver en partie la voie qu’il s’était donné en début d’ouvrage; transmettre à ses enfants ( et pourquoi pas aux autres ? ).

16 – 7 Heures 10 en ce mardi de février…

Attahualpa s’était levé tôt ce matin pour aller effectuer des consultations dans l’île voisine, Miquelon , comme il le faisait une fois par mois.

Il apprit par Radio St Pierre, la radio locale, que le bateau ne partait pas pour cause de grosse mer. Donc, pas de bateau, pas de consultations: une journée entière sans rien de prévu, sauf urgences ( Attahualpa était de garde en permanence lorsqu’il était à St Pierre ). Journée lecture ? C’était le passe temps préféré d’Attahualpa, la fête étant naturellement exclue.

Il avait commencé, avec un peu d’appréhension , « Mémoires d’Outre Tombe ». Il se méfiait des classiques depuis Proust et Flaubert. Mais là, il y était fait largement allusion dans un dernier livre qu’il avait lu, de Paul Auster. Les premières pages ne l’avaient pas déçu et il se promettait de se remettre sous la couette, après le petit déjeuner et de s’y replonger.

Attahulpa était « basique » en lecture dans le sens où, s’il n’était pas accroché au bout d’une cinquantaine de pages, il abandonnait, sans regret, l’ouvrage. (Daniel Pénac était passé par là ). Cela lui était d’autant plus aisé qu’il était inscrit à la bibliothèque locale et le prix du livre ne l’incitait pas à continuer vaille que vaille.

La lecture est une vie par procuration, certes, mais une vie quand même dans les périodes studieuses d’Attahualpa.

Toujours la vie, par tout moyen…

Les pensées l’envahissaient, éparses, accompagnées par les cafés-cigarettes … On lui proposait une prolongation d’un an à son contrat…

Nouvelle info à la radio : en fait, le bateau part … Attahualpa n’eût que le temps de sauter dans son jean et de l’attraper quasi au vol …

17 – 51 ans dont 36 de sursis: en écrivant ces chiffres, Attahualpa prenait conscience de leur terrible réalité. Seul , un truisme lui vînt en tête : « Que ça passe vite ».

Il se mit à réaliser que, même s’il savait que tout pouvait s’interrompre brutalement, dans le meilleur des cas, il n’avait plus à vivre que la moitié de ce qu’il avait vécu : glupps…

Attahualpa avait toujours profité au maximum de cette chienne de vie. Et ce constat, plus que la moitié à vivre, l’incitait à continuer. Lui qui avait toujours vécu avec cette notion de sursis, se trouvait confronté au problème imprévu de devoir gérer les transformations physiques du temps qui passe, du vieillissement.

Attahualpa portait beau, ses cheveux n’avaient pas changé de teinte, cependant certains stigmates avant coureurs de la vieillesse commençaient à s’installer, sans gêne: dents qui se déchaussent, lunettes de presbyte, golfes temporaux prenant de l’ampleur …

Il savait que son but n’était pas de vivre très vieux, à la manière de ces anciens décatis, se trainant avec leurs déambulateurs qu’il croisait parfois, la maternité jouxtant la maison de retraite dans ce petit hôpital. Le temps était donc déjà compté pour lui qui avait l’impression de sortir tout récemment de son adolescence ( et encore…).

Quels seraient ses choix pour cette poignée d’années en bon état de marche ?(« mal nul part »). Attahualpa disposait de ce temps à St Pierre pour s’organiser: challenge passionnant.

Il appréciait donc, paradoxalement, ce temps qui, parfois, paraissait s’écouler si doucement, matérialisé par la petite croix inscrite sur la date sur son calendrier et faite chaque jour, consciencieusement, comme une nouvelle victoire.

Mettre ce temps tranquille à profit, s’organiser: objectifs.

18 – Attahualpa avait le sentiment de n’avoir réalisé que des ébauches, des brouillons: sentimentalement, professionnellement, politiquement.

Des dizaines d’années supplémentaires seraient elles suffisantes pour mener à bien ses projets, faire avancer ses convictions, être réellement utile ? Etait-il possible, dans une vie, de se dire à un moment: « Ca y est: j’ai accompli ce que j’avais à accomplir: Adieu »?

Le soleil brillait sur une promiscuité de neige et d’océan, le vent soufflait les nuages loin, loin, loin de la côte…

Attahualpa écoutait les infos. Il n’avait accès, en ces îles lointaines, qu’à la radio locale, à France Inter en relais ( avec 4 heures de décalage horaire ) et en télé, à RFO et toutes les chaînes Canadiennes et Américaines. .

Attahualpa était plus radio que télé et France Culture lui manquait…Internet ? Il avait « Le Monde » avec 8 jours de retard.

L’actualité Française le remplissait littéralement d’effroi. Sarkosy et sa clique y faisaient ripaille. Les Français en majorité, avaient été assez stupides pour faire confiance à cet homme et, à peine 6 mois plus tard, ils commençaient à déchanter. Le contrat était de 5 ans: bon courage…

Depuis de nombreuses années (depuis la naissance de son premier enfant, en fait) , Attahualpa avait essayé la politique, sans adhérer à un parti à part un bref passage au Parti Communiste. Il avait créé le sien: le PEC, le Parti des Evidences Concrètes,