Matériel

Population étudiée

Cette étude a été mené sur 201 femmes ayant choisi l’accouchement dans l’eau entre le 1er MARS 1991 et le 30 MARS 1992 .

Le seul critère de sélection était le dernier examen obstétrical qui décidait ou non de l’accouchement par voie basse et donc de la possibilité d’essayer l’eau .

78 femmes dont 36 primipares sont issues de la maternité de St-Nazaire (44). Cette population n’est pas influencée par l’équipe obstétricale pour le choix de l’eau. Seules les femmes ayant fait spontanément la demande ont accès à la méthode étudiée. Caractéristique : population du bord de mer, bénéficiant d’une très réputée et demandée préparation prénatale aquatique.

123 femmes dont 69 primipares sont issues de la maternité de St-Girons (09) . Cette population, différente de la première, puisque influencée et motivée pendant la grossesse par l’équipe obstétricale et les résultats déjà obtenus. caractéristique : population de montagne, sans lien culturel à l’eau, sans piscine couverte permettant une préparation prénatale aquatique.

Pendant la durée de l’étude, aucune grossesse multiple ne s’est présentée, en dehors d’une présentation du siège chez une deuxièmepare, toute les présentations ont été céphaliques. Dans la maternité utilisant le matériel de 2ème génération ( sortie du bain rapide et passive, monitoring continu par télémétrie ), les parturientes avec utérus cicatriciels, bassins limites et gros foetus n’étaient pas excluent de l’étude. Les primipares représentaient 53.3% de la population étudiée.

Population obstétricale

Les accouchements sont réalisés par les différentes sages-femmes des deux services de maternité.Ces dernières ont utilisé la méthode, sans la nécéssité d’une assistance, après une courte période de formation. Cette technique et ses résultats ne sont donc pas dépendants d’un seul praticien.

Utilisation du bain pendant le travail et l’expulsion

Etude :  » A propos de 201 accouchements aquatiques  »

Cette étude a été réalisée au sein des Maternités hospitalières de St.-Nazaire(44) et de St-Girons(09) équipées de baignoires d’accouchement, sous la direction du Dr Thierry Richard.

Elle avait pour objectif d’évaluer l’intérêt de l’eau pendant le travail et la mise au monde, sur la dilatation cervicale, la douleur, le taux de manoeuvres instrumentales, la protection du périnée et le vécu de l’accouchement.

Mise au point sur l’épisiotomie

La pratique de l’épisiotomie est l’intervention la plus commune de l’obstétrique.

Le taux d’épisiotomie actuel est proche de 75% chez les primipares, en 1958 ce taux ne dépassait pas 25%.

Les indications d’épisiotomies sont d’éviter les déchirures du périnée plus difficiles à réparer qu’une incision chirurgicale, de protéger le sphincter anal, protéger les muscles périnéaux en prévenant le relâchement du plancher pelvien et diminuer ainsi la fréquence des incontinences urinaires et des prolapsus génitaux. Dans l’indication foetale, l’épisiotomie permet de lever l’obstacle périnéal pour diminuer le temps d’expulsion et le risque de souffrance foetale.

Thacker et Banta ont analysé les risques et bénéfices des épisiotomies à travers la littérature de langue anglaise entre 1860 et 1980. Il apparaît que le recours si fréquent à l’épisiotomie ne soit pas justifié par des données scientifiques confirmées.

Le taux de déchirures du 3ème et 4ème degré n’est pas significativement différent selon la pratique d’une épisiotomie ou non.

Thorp et Bowes confirment que l’épisiotomie ne prévient pas les traumatismes du sphincter anal et du rectum. Ils ont retrouvé un taux de déchirure du 3ème et du 4ème degré de 1.4% après épisiotomie médio-latérale et de 0.9% dans le groupe sans épisiotomie.

Thacker et Banta [14] étudient aussi la pratique des épisiotomies dans l’indication foetale. Ils ont relevé une étude comparant un groupe d’accouchements à domiciles et un groupe similaire d’accouchements hospitaliers. Le taux d’épisiotomie était de 9.8% à domicile par des sages-femmes peu interventionnistes et de 87.4% à l’Hopital tandis que les médianes de durée d’expulsion étaient respectivement de 94.7 minutes et 63.9 minutes.

A la revue de la bibliographie ils concluent « qu’une lente distension des tissus pelviens est moins traumatique qu’un soudain et rapide étirement, il en résulte moins de lacération et une diminution du besoin d’épisiotomie ».

Vouloir raccourcir la phase d’expulsion conduit à faire pousser la femme avec urgence, et augmente le recours aux forceps et aux épisiotomies. Nous avons vu que pousser violemment et rapidement augmentait le risque de lésion du périnée. Le centre national pour la santé aux U.S.A. s’est interrogé sur le devenir neurologique des nouveau-nés par rapport au déroulement de la grossesse et de l’accouchement. De nombreux facteurs ont été associés à un mauvais pronostic neurologique mais la durée du travail n’était pas impliqué. Dans la littérature Thacker et Banta [14] n’ont pas trouvé d’incidence du temps de travail sur l’état du nouveau- né à terme n’ayant pas présenté de souffrance foetale.

Thorp & Bowes [15] montrent aussi dans une étude randomisée contrôlée que si l’indication de l’épisiotomie est restrictive et limitée aux indications foetales, le taux d’épisiotomie est significativement plus faible, sans augmenter les lésions sévères du périnée par rapport au groupe contrôle. Un nouvel examen des femmes 3 ans après n’a pas pu démontrer que l’indication élargie de l’épisiotomie prévenait l’incontinence urinaire.

Gordon & Logue ont étudié la fonction musculaire du périnée chez un groupe d’européennes 1 an après leurs accouchements. 4 groupes de femmes réunies selon la gravité des lésions périnéales (périnée intact, déchirure du 2ème degré, épisiotomie et épisiotomie + forceps) ont été comparé avec 2 groupes contrôles (césarienne et nullipares). A l’étude des pressions exercées sur le périnéometer, il n’y a pas eu de différences significatives entre ces groupes.

Gordon et Logue [17] ont ensuite comparé la fonction du muscle dans la même population mais répartie différemment. Le 1er groupe de femmes avaient pratiqué des exercices de rééducation périnéal postnatal à l’Hopital sans autre activité physique régulière par la suite. Le 2ème groupe de femmes avaient suivi les exercices de rééducation postnataux et poursuivi une autre activité physique régulière, à domicile. Le 3ème groupe de femmes avaient évité les exercices de rééducation à l’Hôpital et n’avaient réalisé aucun exercice ensuite. Ils ont pu noter que l’efficacité des muscles périnéaux après un accouchement était significativement lié aux exercices, spécifiques du périnée ou non, pratiqués par la femme et surtout à leurs régularités. Cette étude « ne supporte donc pas la théorie selon laquelle l’épisiotomie améliore la fonction du muscle après l’accouchement. Il n’est pas justifié de suggérer qu’un périnée intact pendant l’expulsion va entraîner des muscles déficients par un étirement trop important« .

Cette étude montre que les lésions périnéales et leur gravité n’ont que très peu d’influence sur la fonction musculaire 1 an après l’accouchement.

Par ailleurs, l’épisiotomie comporte, comme tout acte chirurgical, des risques. Thacker et Banta [12c] ont répertoriées les complications reconnues de l’épisiotomie à travers la littérature: extension de l’incision, douleur du post-partum, infection du post – partum, mauvaise cicatrisation, insatisfaction du résultat anatomique, perte de sang augmentée avec rares hématomes du périnée, hémorragie, dyspareunie, et beaucoup plus rare endométriose sur la cicatrice d’épisiotomie

La douleur liée à l’épisiotomie est rarement prise en compte, elle est pourtant réelle et parfois très gênante.

Reading et al. ont étudié le vécu de la douleur post-épisiotomie chez 100 primipares. Après un accouchement eutocique, sans problème pour le nouveau-né, elles ont été interrogées dans les 24 heures, puis 3 mois après. Dans le post-partum immédiat la douleur résultante de l’épisiotomie était ressentie comme très gênante. Cette douleur était secondaire à la suture même et à l’oedème, qui pouvait persister 3 jours. La consommation d’antalgique et d’anti-inflammatoire est un bon reflet de l’intensité douloureuse. La douleur à la miction, la défécation, lors de la position assise et la marche étaient les plus souvent énoncés dans le post-partum immédiat. 3 mois plus tard, les douleurs à la marche et à la station assise pouvaient persister. Les problèmes de dyspareunies, étaient difficiles à analyser, l’interrogatoire ne prenant pas en compte les possibles dyspareunies antérieures à l’accouchement. Les femmes concernées impliquaient pourtant la lésion périnéale. Cette étude présente la limite de ne pas avoir comparée la douleur post-épisiotomie avec celle pouvant résulter de déchirures spontanées du périnée.

Thacker et Banta [14] ont estimé à 85% le taux de primipares nécessitant un traitement antalgique de la douleur liée aux épisiotomies. Ils concluent leur revue de la littérature: « l’absence de suture pendant la période du post-partum est un véritable avantage. Toutefois, si, une déchirure du 2ème degré semble inévitable malgré toutes les précautions prises, il est préférable de pratiquer une épisiotomie « .

Devant ces recherches nous pouvons penser que les lésions du périnée sont responsables de problèmes dans le post-partum avec augmentation du temps d’hospitalisation, problèmes psychoaffectifs pouvant nuire à la relation précoce mère-enfant mais aussi au couple. Il parait important de respecter une phase d’expulsion lente lorsque le foetus ne présente pas de signes de souffrance foetale, cela n’aggrave pas le pronostic vital de l’enfant et améliore le pronostic périnéal et donc le confort de la mère dans le post-partum.

L’indication de l’épisiotomie limitée à l’indication foetale stricte n’altère pas la fonction des muscles périnéaux après l’accouchement. L’épisiotomie n’améliore pas de façon significative la fonction des muscles périnéaux après l’accouchement et ne limite pas les problèmes d’incontinence urinaire et les prolapsus.

L’épisiotomie systématique n’est donc pas justifiée, les indications doivent être confrontées aux risques et à l’inconfort par rapport à l’intérêt de la femme et du foetus.

Accouchement et positions

La position de la femme « couchée sur le dos » (lithotomique) pendant le travail a été introduite par Mauriceau dans le 18ème siècle pour favoriser les manoeuvres pendant l’accouchement . Dans les communautés, qui n’ont pas adopté cette position, les femmes ont gardé l’habitude de marcher, de s’asseoir de se mettre debout, de choisir leur position pendant le travail. La position allongée n’est pas choisie spontanément . La meilleure position pendant l’accouchement devrait être déterminé par l’angle entre le foetus et le rachis maternel le plus approprié pour l’engagement et la progression foetale ( angle de poussée). L’angle de poussée optimal est retrouvé en position verticale .

La position la plus fréquemment proposée à la femme, lors de la phase d’expulsion, est l’allongement sur table, les jambes retenues par des étriers.

Borgotta & al. ont recherché si l’association épisiotomie et membres inférieurs retenus sur étriers augmentait le risque de déchirures du 3ème et 4ème degré lors d’un accouchement spontané chez 241 primipares. Les lésions profondes du périnée ont eu une incidence de 0.9% chez les femmes qui ont accouché sans épisiotomie et sans étriers, et de 27.9% chez les femmes qui ont accouché avec une épisiotomie et les jambes retenues dans les étriers. Les poids de naissance étaient homogènes dans les 2 groupes, et comme le score d’Apgar, ils n’ont pas eu de rapport significatif avec le taux de déchirure profonde.

L’analyse a montré que l’utilisation des étriers empêche la femme de trouver spontanément la position dans laquelle la tension périnéale sera la plus faible pendant le dégagement de la tête. La position des jambes entraîne une flexion des hanches associée à une abduction; il en résulte un étirement important du périnée, difficile à améliorer lorsqu’il devra affronter la tête foetale. En conclusion:  » ces résultats soutiennent l’idée que les lésions périnéales peuvent être minimisées pendant les accouchements simples en position lithotomique par un recours sélectif et restrictif des épisiotomies et étriers ».

Certaines équipes donnent à la femme la possibilité de bouger et de choisir spontanément la, ou les positions pour le travail et l’accouchement.

Diaz & al. [9] ont comparé les phases de travail de 149 femmes qui avaient la possibilité de marcher, s’asseoir, rester debout avec 224 femmes allongées sur un lit, sélectionnées de façon randomisée dans une population à faible risque. La comparaison du temps de travail a montré une différence significative (P inf à 0.001) avec une réduction de 25% dans le groupe « vertical » (34% pour les primipares). Il n’y a pas eu de différences significatives sur la rupture spontanée des membranes, 76% du groupe « horizontal » est arrivé à dilatation cervicale complète sans rupture de la poche des eaux et 78% dans le groupe « vertical ». Pas de différence sur le temps de travail, mais les forceps ont été significativement moins nécessaire dans le groupe vertical (P< 0.05). Pas de mortalité materno-foetale dans cette série, pas d’augmentation des risques pour la mère et l’enfant par les positions verticales pendant l’accouchement. Cette liberté de mouvement ne changeait rien à la sécurité puisque la surveillance du coeur foetal se faisait par télémétrie.

Les études sur le travail avec possibilité pour la femme de changer de position[9,,] montrent une action positive sur la dilatation cervicale. La position verticale, augmente l’angle de poussée et diminue le temps du travail. Le travail est aussi mieux supporté nécessitant moins d’analgésique et moins d’anesthésie. Les position verticales pendant le travail diminue aussi le recours aux ocytociques. Diaz [9] montre aussi une diminution des manoeuvres instrumentales en position verticale.

Golay & al. [12] ont, à travers une étude randomisée, étudié différentes positions adoptées par la femme pendant la phase d’expulsion. Ils ont comparé 200 accouchements en position accroupie et 100 accouchements en position demi-allongé. Le groupe accroupie a nécessité moins de stimulation du travail par oxytocique (P=0.0016). la médiane de la 2ème phase de travail dans le groupe accroupi était 23 min plus courte chez les primipares et 13 min plus courte chez les multipares. moins nombreuses et moins difficile manoeuvres instrumentales dans le groupe accroupie. L’étude des traumatismes périnéaux a montré une diminution significative des déchirures sévères du périnée et des épisiotomies avec la position accroupie (p = 0.0001).

Gardosi & al. [11] rapportent les résultats d’une étude contrôlée randomisée engageant 151 primipares et 18 sage-femmes, qui devait évaluer la phase d’expulsion dans différentes positions verticales (accroupie, à genou, assise, debout) comparée aux positions conventionnelles. Des positions verticales résultaient un plus fort taux de périnée intact. La position accroupie était difficile à maintenir sans aide, la position à genou était la plus appréciée.

Lorsque la progression du travail est lente il y a souvent un bénéfice à faire passer une femme de la position allongée à la position verticale [11].

Les positions verticales tendent à augmenter les diamètres pelviens, elles favorisent un alignement approprié du foetus dans le canal inférieur elles favorisent l’engagement et la progression foetale et favorisent la dilatation cervicale. Avec une application égale et directe de la tête foetale sur l’orifice inférieur du vagin Elles évitent les concentrations de pressions sur le périnée. Elles améliorent donc la capacité de distension du périnée et son pronostic.

La position sur siège obstétrical, apporte moins d’avantage que les positons verticales, sur le temps de travail, les modes d’expulsions et la protection du périnée [11,].

Rappels sur la douleur lors de l’accouchement

Voilà maintenant 40 ans que l’obstétrique lutte réellement contre la douleur de l’accouchement, qu’elle ne la considère plus comme normale. La méthode de l’accouchement psychoprophylactique introduite en France par Lamaze a été la première à connaître un véritable essor. Beaucoup d’autres méthodes ont été présentées (l’accouchement électrique, inhalation au masque de chloroforme chloréthylé ou de trichloréthylène …) sans effets démontrés sur la douleur ou trop efficaces, avec diminution de la conscience de la mère et effets secondaires importants . Il y a 20 ans est apparue l’analgésie péridurale qui a pris un essor considérable depuis.

La douleur de l’accouchement est pourtant réelle, elle est difficile à évaluer en raison de sa rythmicité et de la charge affective qui l’accompagne .

Les mécanismes neurophysiologiques impliqués dans la genèse de la douleur varient selon l’état d’avancement du travail. Les contractions utérines déclenchent la douleur et son caractère rythmique. La douleur apparaît si l’augmentation de la pression intra-amniotique, entraînée par la contraction dépasse de 15 mmHg la pression nécessaire à la modification du col utérin. Plus le travail progresse plus le délai entre le début de la contraction et la douleur diminue . Par la suite, l’intensité de la douleur sera corrélée au degré de dilatation cervicale. Le col utérin a une innervation sympathique très riche et la stimulation de ces fibres entraîne une contracture du col . La distension du segment inférieur est aussi un facteur de la sensation douloureuse. Pendant la 2ème phase du travail, l’intensité de la douleur est liée à la distension de la filière génitale, l’étirement des ligaments utérins et périnéaux, des annexes, de la vessie, du péritoine pariétal et du rectum. La taille du foetus, la rapidité de la dilatation, l’intensité et la durée des contractions, le type de présentation, la malnutrition, la fatigue, le manque de sommeil, toutes les situations de stress physique ainsi que les facteurs psychologiques, affectifs et émotionnels influencent la sensation douloureuse [3-4].

La douleur entraîne des réactions générales chez la parturiente. Aggravées par l’angoisse et l’agitation elles peuvent retentir sur le foetus et le déroulement du travail. A chaque contraction utérine, une hyperventilation s’installe avec hypocapnie marquée et alcalose respiratoire. Pendant la phase de relaxation utérine l’hyperventilation est suivie d’une période d’hypoventilation alvéolaire qui peut entraîner une hypoxie maternelle avec possibilité d’hypoxémie et bradycardie foetales. L’alcalose respiratoire est compensée par une fuite rénale de bicarbonate qui, associée au jeûne et à une part du métabolisme anaérobie, peut conduire à une acidose métabolique transférable au foetus. La douleur et le stress entraîne une libération massive de catécholamines et autres hormones (cortisol, ACTH, cortico-stéroides) qui induit une augmentation du débit cardiaque, une vasoconstriction et une augmentation des résistances périphériques, une hypertension artérielle, une stimulation des récepteurs utérins entraînant des phases d’hyper et d’hypocinésie, une stimulation des fibres du col utérin limitant alors sa dilatation.

La douleur et le stress vont favoriser la souffrance foetale aiguë par la réduction de la distribution d’oxygène vers le foetus, du fait de l’alcalose respiratoire, l’hypoxie maternelle, la vasoconstriction des vaisseaux ombilicaux. Elle est aggravée par l’acidose foetale et la dystocie du travail. Le plus souvent, le foetus supporte ces épisodes d’hypoperfusion placentaire grâce à une tachycardie et à une redistribution du débit cardiaque vers le cerveau et le myocarde, par le stockage de l’oxygène dans la circulation foetale et dans les espaces intervilleux [3-4].

Devant ces données, on comprend l’importance de la relaxation maternelle pour limiter la douleur. Une bonne relaxation et un contrôle de la respiration aide à la récupération entre 2 contractions. elle apporte un meilleur état physique et psychologique pour la suite du travail. Une progression efficace de la dilatation apporte à la femme une interprétation positive des contractions et en diminue le caractère douloureux. L’agitation, le stress et l’anxiété vont contrairement diminuer le seuil de tolérance à la douleur et aggraver le retentissement de la douleur sur la parturiente et le foetus.

Introduction

« L’OBSTÉTRIQUE SE MET A L’EAU »

Accouchement aquatique : mise au point . . .

A partir de la thèse de doctorat en médecine du Docteur Anne Bourgeois

 

Depuis ces dernières décennies, l’obstétrique moderne a réalisé d’importants progrès. Elle a permis l’amélioration de la prise en charge des grossesses et accouchements à hauts risques. Sa sophistication a apporté une sécurité et un confort supplémentaire pour les femmes exigeant une surveillance accrue pendant la grossesse et l’accouchement. La mortalité materno-foetale a régressé.

 

Cependant, la grossesse et l’accouchement pathologiques sont devenus les modèles qui définissent la prise en charge de la maternité en général. La citation « No birth is normal except rétrospectively » résume bien la philosophie actuelle de la prise en charge obstétricale. Il existe aujourd’hui une exclusion du principe physiologique de la maternité.

L’accouchement est le plus souvent pris en charge de façon médicalisée, associant la position lithotomique traditionnelle avec analgésie péridurale et épisiotomie. L’hôpital prend alors un caractère inhospitalier, facteur de stress et d’insatisfaction pour la parturiente. De nombreuses femmes recherchent d’autres alternatives d’accouchements et demandent surtout la possibilité du choix en fonction de leur propre sensibilité.

 

 

L’accouchement aquatique est une des alternatives qui se répand dans les pays occidentaux. En 1992 et 1993 ont été recensées en Angleterre et Pays de Galles, 8255 femmes qui ont pris un bain chaud pendant le travail et 4494 naissances dans l’eau. La France n’a sans doute pas atteint ce niveau, mais de nombreuses maternités s’équipent en baignoire de relaxation et les accouchements dans l’eau se développent.

 

Les alternatives à l’accouchement classique deviennent aujourd’hui une réalité conséquente que nous devons prendre en compte et évaluer en fonction des risques et des bénéfices. Le choix des femmes pourra alors être respecté, sans que la sécurité qui a été acquise ces dernières années ne soit remise en cause.

 

Cet exposé propose, après quelques mises au point sur les limites de la prise en charge classique de l’accouchement, une actualité de l’accouchement aquatique.

A travers la présentation d’une technique d’accouchement aquatique et ses résultats et la revue de la bibliographie nous nous proposons d’étudier :

  • les effets hémodynamiques de l’immersion dans l’eau sur la mère et l’enfant selon la température.
  • les effets de l’immersion dans l’eau chaude sur la respiration foetale et de définir les risque d’inhalation.
  • les intérêts et les risques du bain chaud pendant le travail.
  • les intérêts et les risques de l’accouchement aquatique.

Nous tenterons après cet exposé de définir l’intérêt et les limites de l’accouchement aquatique et d’en exposer les règles de sécurité à respecter. A travers ces règles, nous vérifierons si la technique présentée correspond aux critères demandés et si il est envisageable d’intégrer l’utilisation de l’immersion dans l’eau pendant l’accouchement dans la stratégie obstétricale.

                             

 

Pourquoi accoucher dans l’eau ?

Accoucher dans l’eau, cela permet de profiter des considérables intérêts médicaux  liés à cette méthode. Quels sont-ils?

AMELIORATION DE L’ELASTICITE DU PERINEE

Durant l’accouchement, ce qui a pour effet de diminuer très considérablement le recours à l’épisiotomie, cette incision préventive du périnée. Ces épisiotomies ne sont plus nécessaires que dans 10% des cas au lieu de 75% habituellement pour une première naissance.

C’est cette réduction du taux des épisiotomies, donc ce respect de cette région de l’organisme féminin qui a été, pour moi, l’élément princeps de mon intérêt pour les naissances aquatiques. En effet, ces épisiotomies sont causes d’un inconfort évident durant la cicatrisation et, plus tardivement, de troubles sexuels souvent sous-évalués.

Notre méthode associe:

  • Eau à 37°
  • Contrôle permanent du maintien de la température
  • Sel marin à une concentration de 9 grammes par litre qui permet d’améliorer encore l’élasticité tissulaire en rendant l’eau isotonique aux liquides extracellulaires de l’organisme, et d’apporter des oligoéléments.

DIMINUTION DE LA DUREE DE L’ACCOUCHEMENT ET DE L’INTENSITE DES CONTRACTIONS

La durée de l’accouchement est divisée par 3 par rapport aux naissances aériennes classiques. Le col de l’utérus se dilate beaucoup plus vite, la maman souffre moins pendant moins longtemps. Ceci lui permet de ne pas être débordée par la douleur et d’arriver plus tonique pour les efforts de poussée.

Notre technique, de par les larges dimensions de la baignoire utilisée (1600 litres soit 6 fois une baignoire standard), permet la liberté de mouvement et les positions de son choix à la maman. La présence du papa dans le bain est possible, si le couple le souhaite.

Ceci explique en partie les avantages suivants:

DIMINUTION DU BESOIN DE PERIDURALES

à moins de 10%, chiffre à comparer aux 40% réalisés en France de nos jours, et à certains endroits de naissance qui en pratiquent plus de 90%…

DIMINUTION DES TAUX DE FORCEPS ET DE CESARIENNES

Pour les raisons citées plus haut, nous avons moins souvent recours aux médicaments renforçant ou donnant des contractions artificielles (Syntocinon) et aux péridurales, sources potentielles de souffrances fœtales et d’extractions instrumentales plus fréquentes. Les taux de forceps passent ainsi de 15% à moins de 10% et les taux de césariennes de 18% à moins de 10% là aussi…

Notre technique permet à la future maman de donner naissance à son enfant en position accroupie ou demi assise, positions plus naturelles que la position habituellement utilisée (couchée sur le dos, jambes dans les étriers- tout en conservant une bonne surveillance de la sortie de l’enfant.

VECU TRES POSITIF

de la naissance par les mamans qui, dans notre série, souhaitent renouveler ce type de naissance dans plus de 90% des cas.

SECURITE BACTERIOLOGIQUE, CONDITIONS DE SURVEILLANCE

identiques à celles d’une naissance classique, SYSTEME DE SORTIE RAPIDE pour la maman en cas de problèmes (malaise,hémorragie,souffrance foetale aiguë…) s’ajoutent aux avantages de notre méthode.

Par ses performances, celle-ci permet le recours à la naissance aquatique et à son effet facilitateur global pour des cas difficiles, et non plus seulement pour les accouchements réputés faciles, comme cela se produit trop souvent et où le moindre alea fait exclure la bénéficiaire potentielle de ce choix.

L’ENFANT

Autant les résultats sus-cités pour la maman sont établis, autant rien n’est évalué scientifiquement en ce qui concerne l’incidence de ce type de naissance sur l’enfant. Pour notre part, nous avons contribué à la réalisation d’un D.E.A. de psychologie pour pouvoir comparer la relation mère)enfant avec ou sans l’eau. Nous en saurons plus sous peu…

A l’heure actuelle, je ne peux qu’exprimer mon opinion issue de mon expérience personnelle.

La première observation est que l’enfant ne crie pas à sa sortie de l’eau, comme si ce cri de la naissance, considéré comme si rassurant, n’était pas si naturel, voire de souffrance?

Il paraît naturel de penser que ce qui est bon pour la maman doit être également bon pour le bébé… Aussi la réduction de la durée de l’accouchement, les contractions moins violentes, la liberté de mouvements, la relaxation aquatique expliquent aisément la diminution du stress de la naissance pour la maman et donc de la quantité d’hormones de ce type qu’elle adresse à son enfant.

Je suis intimement persuadé, et l’avenir nous le confirmera, que ce type de naissance est plus doux, tout simplement. J’ai même assisté à la naissance aquatique de bébés dormants… Incroyable pour les naissances classiques.

LA SECURITE

Deux mots, car c’est dorénavant enfoncer des portes ouvertes que de rappeler l’absence de danger particulier pour les naissances aquatiques : des études, principalement britanniques, portant sur plusieurs milliers de naissances aquatiques, l’ont prouvé.

Seule une administration française de la santé au cortex «flytoxé » et ses «experts» peut encore se permettre d’en douter et entraver gravement notre avance technique actuelle. Faute d’un lieu en France pour pouvoir continuer à travailler, l’amélioration et la diffusion de notre méthode innovante stagne.

Nous travaillons maintenant depuis plus de 12 ans dans ce pays pour faire reconnaître la qualité scientifique de nos travaux auprès de l’administration de la santé où, depuis Pithiviers et Michel Odent dans les années 70, les naissances aquatiques sont considérées comme dangereuses (au même titre d’ailleurs que l’accouchement à domicile… ). Sans résultat, malgré publications, thèse, congrès…

Quelques endroits pratiquent pourtant des naissances dans l’eau (leur liste est sur notre site), sachant qu’au moindre problème, avec ou sans faute, les procureurs guettent, régulièrement saisis par les administrations sanitaires. Merci à eux…

 

Pour conclure, beaucoup d’eau a passé sous les ponts depuis la naissance aquatique de Vénus si joliment rendue par Boticelli…

Une nouvelle fois, ce sont les femmes qui rendront ce type de naissance possible par leur demande et leur action. Pour cela, il me paraît indispensable, après leur avoir montré les tares du système actuel (cf. article «Au Secours :vite… »), de les éclairer sur l’état actuel des autres possibilités offertes, sur le caractère quasi initiatique pour elles mêmes et leurs enfants de cet événement, et sur l’aspect fondamental de la liberté du choix de la façon dont elles souhaitent mettre au monde leurs enfants.

 

Dr Thierry RICHARD
Gynécologue Obstétricien
Président de l’Association Française de Naissance Aquatique